La tech, c’est aussi une affaire de femmes !
Selon l’étude sur la filière du numérique en Nouvelle-Aquitaine qui sera présentée lors du Digitech du 27 janvier, le constat est sans appel : « La filière est très éloignée de la parité hommes/femmes en particulier sur les métiers techniques ».

C’est un phénomène national auquel notre région n’échappe pas. Ainsi selon l’INSEE, la part des femmes exerçant une profession numérique en 2022 ne dépasse pas 23% en France et 30% en Nouvelle-Aquitaine. En réduisant le champ d’étude aux métiers de la tech, on atteindrait seulement 15% au niveau national. Que faire pour attirer davantage de femmes vers ces métiers en tension ?
Une impulsion nationale pour faire évoluer les mentalités
Selon les derniers chiffres, parus en 2023, à peine un quart (24 %) des emplois dans les professions du numérique est occupé par des femmes.
En 2023, le gouvernement a lancé le programme « Tech pour toutes » pour accompagner, à horizon 2026, 10 000 jeunes femmes souhaitant commencer ou poursuivre des études supérieures dans le numérique. L’animation est confiée à la Fondation Inria1, chargée de promouvoir la découverte et la formation à ces métiers d’avenir, et ce dès le lycée.
Également impliquée dans le programme, la fondation Femmes@Numérique rassemble de nombreuses entreprises mécènes et fédérations professionnelles engagées pour promouvoir la place des femmes dans la tech et le numérique.
L’objectif est ambitieux : mobiliser l’action collective pour changer d’échelle afin que, d’ici 2030, les femmes constituent 50% des effectifs des métiers du numérique.
La tâche est ardue : en classe de première, seules 3% des filles choisissent la spécialité Numérique et sciences informatiques ! La réforme du baccalauréat en 2019 a éloigné les filles des mathématiques : en terminale en 2021, la moitié des filles abandonnent la spécialité maths (contre seulement un tiers des garçons.
Résultat : comme le constate Jamila HARIZI, dirigeante du cabinet RH DIRIGENS, lors de ses recrutements : « on retrouve toujours très peu de femmes pour les profils très techniques comme le Développement, la Data ou l’IA. La situation s’améliore lentement, surtout dans l’UX design ou le webmarketing ».

Quelles actions au niveau des établissements d’enseignement ?
Afin d’encourager les filles à s’orienter vers l’ingénierie et l’informatique, l’école d’ingénieurs CESI a noué un partenariat avec l’association Elles bougent qui promeut les métiers de l’ingénieur (au sens large) au féminin. C’est ainsi que des évènements sont organisés tout au long de l’année : visites de collèges et lycées, Challenge InnovaTech, forum des métiers, …
Ce type d’initiatives est à multiplier afin de lutter contre les stéréotypes présents dès l’enfance au sein de la société comme de la famille. Selon le baromètre GenderScan 2024, 67 % des garçons sont encouragés à travailler dans le domaine de la tech et du numérique, les filles ne sont que 33 %, bien qu’elles obtiennent des résultats équivalents voire supérieurs dans les matières scientifiques. Selon cette même étude, parmi les principales raisons citées par les apprenantes découragées, on trouve l’idée selon laquelle en tant que femme, le milieu « leur serait hostile », ou qu’il ne s’agirait pas de « métiers de femmes ».
1 La Fondation Inria, adossée à Inria, l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique, a pour mission de « donner du sens au numérique ».Dans le numérique, les femmes occupent plus souvent des postes avec une dimension relationnelle et des interactions : 27 % exercent une profession relevant de la communication, de l’interface avec l’utilisateur et de la création numérique, contre 8 % des hommes
Jamila HARIZI a conseillé de nombreuses familles en matière d’orientation depuis 20 ans et elle confirme :
« j’observe une grande méconnaissance de ces métiers, qui sont parfois mal représentés dans les médias. »
Pourtant, le niveau de satisfaction des étudiantes poursuivant ces formations est comparable à celui des étudiants et dépasse les 90% ! Neuf étudiantes sur dix disent apprécier le développement des compétences, la possibilité de travailler dans de nombreux secteurs mais aussi l’ambiance et le relationnel, l’enseignement sous forme de projets…

Le témoignage de Gabrielle CIESLA, étudiante en 3ᵉ année de BUT Informatique à La Rochelle et cofondatrice de EverEast Solutions dans le cadre du dispositif PEPITE D2E (Diplôme Étudiant-Entrepreneur), confirme : « dans ma promotion, en première année, nous étions 4 pour 104 étudiants (même pas 4 %), et j’espère vraiment que la tendance va changer. Mais à titre personnel, je n’ai ressenti aucun frein, même au contraire. Beaucoup d’entreprises cherchent aujourd’hui à diversifier leurs équipes et à embaucher davantage de développeuses. Et surtout, une fois qu’on entre dans le monde professionnel, on se rend compte qu’on est loin d’être seules. Dans l’informatique, il y a tellement d’opportunités et de métiers différents à découvrir ! ».
Quelles actions au niveau des entreprises ?
Plus tard, dans le domaine de l’entreprenariat féminin, c’est dès la création d’entreprise que les freins au financement se révèlent difficiles à surmonter : selon la BPI, « les start-ups fondées par des femmes lèvent 30 % de fonds en moins que celles fondées par des hommes. » face à la persistance des idées reçues chez les investisseurs, des actions sont menées comme le dispositif Garantie Égalité Femmes, mais aussi de nombreux programmes de mentorat soutenus par exemple par Sista, France digitale ou Station F.
Comme le souligne Céline LAZORTHES, fondatrice et CEO de Résilience, fondatrice des plateformes Leetchi et Mangopay : « moins il y a de femmes et plus l’entre-soi se perpétue, c’est un cercle vicieux ».
Le phénomène se retrouve dans le monde salarié, d’où l’importance pour toutes les entreprises de garantir une politique d’égalité salariale et de lutter contre toute discrimination ou VSS, violence sexiste et sexuelle.
En conclusion, Jamila HARIZI nous livre sa vision pour l’avenir : « Je reste optimiste car j’entends de plus en plus de clientes en bilan de compétences me dire : ‘et pourquoi pas moi ?’. Au niveau individuel, les choses évoluent. Reste à venir le véritable bouleversement systémique pour changer les mentalités de manière plus massive. »
Pour aller plus loin :
Femmes@Numérique organise la quatrième édition des Assises nationales de la féminisation des métiers et filières du numérique le 11 février 2026 au siège parisien de l’UNESCO.
Hélène Buisson – hbsolutionscomm.com
