
3 leviers d’action pour limiter l‘empreinte environnementale des équipements informatiques
Réduire, Réparer et Réemployer les matériels.
Réduire le nombre d’équipements en interrogeant les usages
60% des émissions carbone sont liées à la fabrication, à la distribution et à la fin de vie des équipements et infrastructures numériques, et 40% à l’utilisation[1]. Plusieurs milliers de litres d’eau sont nécessaires à la production d’un unique PC portable !
Parce que la phase de fabrication est celle qui consomme le plus d’énergie et de ressources naturelles, les entreprises responsables doivent se poser les bonnes questions avant tout nouvel achat.
[1]Etude ADEME – Arcep janvier 2025
Cesser de remplacer systématiquement à l’identique
En mars dernier, les participants à l’atelier Digitech sur le numérique responsable proposaient de se questionner sur l’intérêt des énormes écrans présents dans de nombreuses salles de réunion. Souvent sous-utilisés, surdimensionnés par rapport à l’espace, ils peuvent être avantageusement remplacés par un vidéoprojecteur, beaucoup moins gourmand en ressources qu’un grand écran.
Trouver le bon dimensionnement
Plus généralement, calibrons nos achats par rapport à nos besoins réels : serveurs, routeurs, mais aussi imprimantes, bornes interactives…
Au moment du choix, n’oublions pas les effets néfastes de l’effet rebond[1]. Un seul exemple : en augmentant le nombre de serveurs dédié au stockage de données, on obtient rapidement une explosion de la demande d’espace de stockage puisque chaque salarié dispose d’une capacité plus grande et va avoir tendance à l’utiliser par confort plus que par nécessité.
[1] Effet rebond : surconsommation d’un bien ou d’un service suite à l’amélioration de son efficacité.
Acheter durable et réparable
Une fois l’achat décidé, il est conseillé de tenir compte des facteurs durabilité et réparabilité, en s’aidant des labels existants et des conseils de professionnels engagés comme Jean-Charles BRIATTE, dirigeant de JCD informatique :
« sans prendre une machine démesurée, je préconise de choisir un PC bien adapté à l’usage, avec une marge de progression pour avoir une réserve de puissance et de stockage suffisante pendant la durée de vie de la machine (5 à 10 ans). On regardera particulièrement s’il y a des emplacements de mémoire (RAM) disponibles, si le SSD peut être facilement remplacé. Nous privilégions les constructeurs offrant une garantie constructeur la plus longue possible, associée à de très bons indices de réparabilité, comme DELL ou HP. Ceci grève un peu le budget de départ, mais sur la durée, on sera gagnant. »
Chaque achat doit donc être passé au crible de la responsabilité. La méthode des 3U (Utile, Utilisable, Utilisé) permet de juger en amont du bien-fondé de la solution envisagée, en tenant compte des fonctionnalités et des usages que la solution va entraîner.
Prolonger la durée de vie des équipements IT afin d’espacer les achats
Prendre soin de son matériel
C’est l’un des premiers écogestes à encourager en entreprise. Eteindre les ordinateurs le soir, les dépoussiérer régulièrement, connaitre les bonnes pratiques pour recharger la batterie et l’économiser, protéger ses PC portables, tablettes et smartphones contre les chocs et les chutes : autant de bonnes pratiques permettant de préserver plus longtemps les équipements.
« Ensuite, il faut aussi s’intéresser à la partie « logiciel » : le système, les applications et les données » ajoute notre expert.
« Installer uniquement les logiciels sélectionnés, d’éditeurs de confiance, et dont on a vraiment besoin, ne pas oublier les mises à jour : c’est la base ». On évitera également de saturer la mémoire des ordinateurs avec des doublons d’archivage et des fichiers photo ou vidéo inutiles.
Ces bonnes pratiques sont à diffuser largement auprès de tous les collaborateurs via les fiches pratiques de l’Ademe par exemple :
Réparer avant de racheter
Lorsque la panne survient, avant de donner ou de recycler pour remplacer par du matériel neuf, le réflexe de la réparation n’est pas encore la norme en entreprise, même si certaines grandes structures commencent à créer des dispositifs en interne.
En plus des avantages économiques et environnementaux de la réparation, Jean-Charles BRIATTE met en avant le gain de temps. En effet, chaque nouvel achat nécessite la reconfiguration de tout l’environnement de travail, ce qui peut prendre plusieurs jours. « Tous nos PC sont proposés avec une extension de garantie à 4 ou 5 ans, les serveurs jusqu’à 7 ans. Je conseille de souscrire un contrat de maintenance sur site le jour ouvrable suivant : le temps d’immobilisation est ainsi limité et prévisible » précise-t-il.

Favoriser le réemploi
Donner aux acteurs de l’insertion
Alors que les associations sont particulièrement intéressées par les équipements informatiques professionnels, plus performants et plus durables, leur taux de collecte demeure faible. Il serait inférieur à 50 % en 2023 selon l’Ademe. La majorité des machines, même amorties d’un point de vue comptable pour les entreprises, sont conservées, entreposées au fond d’une réserve, voire jetées, alors qu’elles pourraient être très utiles pour des associations ou des personnes en difficulté.
Avec le soutien de l’Agglo de La Rochelle,Envie ouvre à la rentrée prochaine son atelier de reconditionnement informatique et reprend dès aujourd’hui les équipements suivants : PC et ordinateurs portables, claviers, écrans…
Il suffit de se rendre à la boutique située dans la ZI de Périgny, aux horaires d’ouverture pour déposer le matériel. Les flottes homogènes sont particulièrement appréciées : avis aux entreprises obligées de renouveler leur parc !
Acheter reconditionné
Les entreprises peuvent aussi favoriser le réemploi via des achats de matériel reconditionné. Ce terme est désormais légalement encadré via un décret français de 2022. Seuls les produits ayant subi des tests fonctionnels poussés et, le cas échéant, une remise en état, peuvent être qualifiés de « reconditionnés ». Contrairement aux produits d’occasion, ils sont parfois vendus avec une garantie de 6 à 24 mois. Attention toutefois aux modalités SAV proposées par les plateformes : celles-ci ne correspondent pas toujours aux attentes des entreprise.
A condition de s’orienter vers des revendeurs locaux, certifiés et reconnus, l’achat de matériel reconditionné permet de réduire très significativement les impacts.

Exemple sur les smartphones (source Ademe)
Seule une accélération massive et collective des efforts permettra de limiter la croissance de l’impact environnemental du numérique. Augmenter la durée de vie des équipements et de réduire leur nombre devient d’autant plus indispensable aujourd’hui que le contexte technologique et géopolitique renchérit l’accès aux ressources naturelles, jusqu’à entrainer des pénuries pour certains composants.
Pour aller plus loin :
- Pour identifier les sous-traitants de proximité, la CDA de La Rochelle propose en ligne un annuaire des acteurs d’une seconde vie pour le matériel numérique.
- Le guide ultime de la sobriété numérique, conçu par l’Ademe.
Hélène Buisson – hbsolutionscomm.com
